5 ans de travail bouclés en 2 semaines pour 12 000 $
Un chantier informatique chiffré à 6 millions de dollars a coûté 12 000 dollars de calcul. Comment ils ont fait, et ce que ça annonce pour vos devis.
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Asana, l’éditeur américain d’un logiciel de gestion de projets, traînait depuis des années un chantier que personne ne voulait ouvrir : remplacer Enzyme, un vieil outil de test qui n’était plus entretenu et qui bloquait la modernisation de tout le reste. Le plan chiffré tenait en deux nombres décourageants : au moins cinq ans de travail, et environ six millions de dollars de salaires.
Le chantier a été terminé en deux semaines, pour à peu près 12 000 dollars de calcul et d’infrastructure.
Comment ils s’y sont pris
La méthode est presque décevante de simplicité, et c’est ce qui la rend intéressante. Le point de départ est une consigne de cinq phrases. À partir de là, jusqu’à quatre agents ont travaillé en parallèle, chacun sur sa propre copie du code, pendant qu’un ingénieur passait voir l’avancement deux fois par jour et relisait chaque modification proposée avant de l’accepter.
L’enseignement que l’entreprise met en avant mérite d’être retenu par tous ceux qui s’essaient à ces outils : les instructions simples ont mieux fonctionné que les montages élaborés. Le réflexe habituel, quand un résultat déçoit, consiste à complexifier la consigne. Ici, c’est l’inverse qui a payé.
L’effort humain total s’est élevé à une semaine et demie, étalée sur deux semaines de calendrier. La machine n’a jamais été laissée seule. Une personne pilotait, et gardait la main sur ce qui entrait dans le produit.
Le directeur technique d’Asana, Amritansh Raghav, prend d’ailleurs soin de ne pas généraliser : « Tous les projets qui durent des années ne vont pas s’effondrer en quelques semaines. Mais les agents donnent aux ingénieurs plus de place pour le travail bien fait, et rendent tentant ce qui était impossible. »
Le rapport qui devrait vous intéresser
Six millions contre douze mille : le coût a été divisé par cinq cents. Même en admettant que l’estimation initiale était pessimiste, comme le sont souvent les devis de chantiers que personne n’a envie de faire, l’ordre de grandeur ne s’explique pas par une erreur de calcul.
C’est ce rapport qui compte, pas l’anecdote. Il dit qu’une catégorie entière de travaux vient de changer de prix : les chantiers répétitifs, longs, sans difficulté conceptuelle, ceux qu’on chiffrait cher parce qu’ils demandaient beaucoup d’heures de personnes qualifiées.
Cette catégorie est plus large que le code. Reprendre trois mille fiches produits mal renseignées, migrer une base de clients d’un outil vers un autre, mettre aux normes des centaines de documents, traduire un catalogue entier : ce sont les mêmes caractéristiques, du volume et de la répétition sans invention. Ce sont aussi, en général, les devis qui font renoncer.
Ce qui va arriver à vos devis
Si vous vendez de la prestation, la conséquence est directe et elle arrivera par le client, pas par la technologie. Il verra passer ce genre de chiffre. Et il ne demandera pas si votre travail est comparable à celui d’Asana : il demandera une remise.
La réponse ne sera pas de baisser vos prix. Elle sera de facturer autre chose. Ce qui reste rare dans cette histoire n’est pas l’exécution, elle vient de s’effondrer, c’est le fait de savoir quoi lancer, de relire ce qui sort, et de porter la responsabilité du résultat. Un ingénieur a validé chaque modification. Ce poste-là n’a pas disparu, il est devenu le seul qui compte.
Si vous achetez de la prestation, la conclusion symétrique vaut d’être posée maintenant : les projets que vous aviez renoncé à lancer parce que le devis était absurde méritent d’être ressortis du tiroir. Certains ne le sont plus.
Sources
OpenAI, le compte rendu détaillé du chantier chez Asana